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Toits à Andong : le quotidien sous une toiture traditionnelle

Toits à Andong : le quotidien sous une toiture traditionnelle

Andong est une ville qui vit encore au rythme de la Corée traditionnelle. Située dans la province de Gyeongsangbuk-do, entourée de montagnes et traversée par le fleuve Nakdong, elle constitue l’un des témoignages les mieux préservés de l’architecture résidentielle coréenne. C’est ici, dans les villages traditionnels de Hahoe et Dosanseowon, que les toits ne sont pas de simples éléments structurels – ils sont un manifeste culturel, l’expression d’une hiérarchie sociale et une réponse aux exigences climatiques de la péninsule.

Se promener dans les ruelles d’Andong, c’est comprendre comment l’architecture peut être à la fois fonctionnelle et cérémoniale. Les versants de toiture caractéristiques et incurvés – appelés giwa – s’élèvent au-dessus des murs d’argile et de bois, créant une silhouette qui définit le paysage coréen depuis des siècles. Mais derrière l’esthétique se cache bien plus : un système de décisions concernant le matériau, la pente, les détails et la relation avec l’environnement.

Le hanok et sa toiture : genèse d’une forme

La maison coréenne traditionnelle – le hanok – est une construction basée sur une ossature en bois, remplie d’argile et couverte d’un toit en céramique ou en chaume. C’est précisément le toit qui constitue l’élément dominant, tant visuellement que fonctionnellement. À Andong, où la température descend sous zéro en hiver et où l’humidité atteint 80% en été, la couverture devait être à la fois étanche, ventilée et résistante à la neige.

La forme du toit hanok trouve son origine dans la tradition architecturale chinoise, mais sur la péninsule coréenne, elle a développé son propre caractère. La courbure caractéristique des arêtes – plus subtile qu’en Chine, plus sobre qu’au Japon – n’est pas un ornement. C’est le résultat de la construction : les poutres en bois sont disposées de manière à créer naturellement un arc doux, augmentant la stabilité et facilitant l’écoulement des eaux pluviales.

« Un bon style est celui qui vieillit dignement – et le hanok en est le meilleur exemple. »

À Andong, on distingue deux types principaux de hanok selon leur couverture :

  • Giwa-jip – maisons à toit en céramique, traditionnellement réservées à l’aristocratie. Les tuiles sont disposées en système concave-convexe, créant des ondulations rythmiques.
  • Choga-jip – maisons couvertes de chaume, caractéristiques des classes paysannes. L’épaisseur de la couverture atteignait 30 à 40 cm, assurant une isolation thermique et acoustique.

Ces deux types partagent un principe : le toit est l’élément le plus important de la maison. C’est lui qui définit les proportions du volume, protège de la pluie et du soleil, et en hiver retient la chaleur du chauffage au sol ondol.

Pourquoi ce toit fonctionne à Andong

Le climat d’Andong met à l’épreuve toute construction. En hiver, les températures descendent à -15°C, en été elles atteignent 35°C, et la saison de la mousson apporte des précipitations intenses. Le toit traditionnel hanok répond à ces défis avec une précision d’ingénierie.

L’inclinaison des versants – généralement entre 30 et 45 degrés – assure l’évacuation rapide de l’eau et de la neige sans surcharger la structure. Les tuiles céramiques giwa sont posées avec de petits espaces permettant la circulation de l’air. C’est essentiel en été : l’air chaud et humide ne stagne pas sous le toit mais circule librement, abaissant la température intérieure de plusieurs degrés.

La courbure des bords du toit a également une justification pratique. Les débords prolongés – appelés cheo-ma – protègent les murs de la pluie tout en laissant passer le soleil bas d’hiver. En été, quand le soleil est haut, ces mêmes débords ombragent les fenêtres et terrasses, limitant le réchauffement intérieur.

« Cette maison fonctionne différemment en hiver et en été – et c’était voulu. »

À Andong, on observe aussi comment le toit répond à la topographie. Les maisons du village de Hahoe, situé dans un méandre de la rivière, sont orientées selon les principes du pungsu (feng shui coréen). Les toits sont dirigés pour protéger des vents hivernaux du nord, tout en s’ouvrant au soleil du sud et à la vue sur l’eau.

Construction et matériaux : durabilité de l’argile et du bois

La construction d’un toit traditionnel à Andong est un processus exigeant en temps et en précision. La charpente se compose de poutres massives en pin, assemblées sans clous – uniquement par mortaises et tenons. Cette structure est flexible : le bois « travaille » sous l’effet des variations de température et d’humidité, mais ne se fissure pas.

Sur les poutres, on pose une couche de planches, puis de l’argile – épaisse de 5 à 10 cm. L’argile sert d’isolation et de base pour les tuiles. Les giwa céramiques sont produites localement, cuites à plus de 1000°C. Leur couleur gris foncé caractéristique provient de l’oxyde de fer dans l’argile. Les tuiles sont lourdes – le toit d’un hanok typique pèse plusieurs tonnes – ce qui stabilise la structure lors des typhons.

Dans les maisons paysannes, on utilisait du chaume de roseau ou de paille de riz au lieu de céramique. L’épaisse couche de matériau organique agissait comme isolant naturel, conservant la chaleur en hiver et la fraîcheur en été. Le remplacement de la couverture s’effectuait tous les 10 à 15 ans, mais ce processus faisait partie intégrante de la vie communautaire – les voisins s’entraidaient, transmettant leur savoir de génération en génération.

Fonctionnalité : vivre sous ce toit au quotidien

L’intérieur d’un hanok traditionnel à Andong s’organise autour de deux zones : le maru – une plateforme en bois ouverte servant de terrasse et d’espace social – et le bang, les pièces d’habitation chauffées. Le toit relie ces zones pour former un ensemble cohérent.

Les volumes généreux sous la toiture assurent une circulation d’air optimale. En été, l’ouverture des portes et fenêtres crée un courant d’air naturel qui rafraîchit l’intérieur. En hiver, lorsque le chauffage au sol ondol est activé, la chaleur s’accumule sous le toit, créant un tampon thermique efficace.

La lumière naturelle pénètre de manière maîtrisée. Les fenêtres, de dimension modeste, sont recouvertes de papier hanji qui diffuse la lumière en douceur. Associées aux larges avant-toits qui régulent l’ensoleillement direct, elles créent une atmosphère apaisée, propice à la contemplation.

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« Nous ne recherchions pas la surface, mais la lumière – et le hanok démontre qu’on peut avoir l’une sans sacrifier l’autre. »

Le lien avec le jardin est essentiel. Le toit du hanok se prolonge souvent au-dessus du madang – la cour intérieure – formant un couloir couvert. Cet espace de transition relie l’intérieur à la nature, protégeant de la pluie tout en préservant l’accès à l’air frais et à la vue.

Pour qui est cette maison

Vivre dans un hanok traditionnel nécessite d’accepter certaines contraintes et d’être prêt à suivre le rythme de la nature. C’est une maison pour ceux qui apprécient le calme, la simplicité et un contact conscient avec les matériaux. Ce n’est pas une solution pour ceux qui attendent une climatisation complète, des fenêtres hermétiques et une isolation acoustique maximale.

Le hanok fonctionne mieux dans les petites communautés, où l’architecture fait partie d’un paysage culturel plus large. À Andong, ces maisons fonctionnent dans le contexte du village : voisinage, espaces communs, rythme des fêtes et cérémonies. Sortir le hanok de ce contexte – le transposer dans une ville moderne – conduit souvent à une perte de sens.

Les adaptations contemporaines du hanok en Corée combinent la forme traditionnelle avec des systèmes modernes : isolation, chauffage électrique, grandes surfaces vitrées. C’est un compromis qui permet de conserver l’esthétique et certaines fonctionnalités, mais qui transforme l’expérience d’habiter. Pour les puristes, c’est une trahison de l’idée, pour les pragmatiques – le seul chemin pour préserver la tradition.

Ce que l’on peut transposer dans son propre projet

Même si vous ne prévoyez pas de construire un hanok, l’architecture d’Andong offre des inspirations concrètes adaptables à d’autres latitudes :

  • Débords de toit prolongés – régulent l’ensoleillement et protègent la façade sans bloquer la vue.
  • Ventilation naturelle – concevoir les flux d’air plutôt que de compter uniquement sur la climatisation.
  • Matériaux locaux – céramique, bois, argile – qui vieillissent dignement sans nécessiter de remplacement fréquent.
  • Espace de transition – terrasse ou couloir couvert reliant l’intérieur au jardin.
  • Hiérarchie spatiale – division en zones intimes et sociales, avec la toiture comme élément unificateur.

Dans un climat tempéré comme en Pologne, nombre de ces solutions s’appliquent sans modification. Les débords prolongés fonctionnent aussi bien sur une terrasse en Mazurie qu’à Andong. Une charpente en bois bien exécutée dure des décennies. Et le principe de concevoir avec la nature, plutôt que contre elle, est universel.

Conclusion

Les toitures d’Andong prouvent qu’une bonne architecture résidentielle n’a pas besoin d’être révolutionnaire pour être efficace. C’est le fruit de siècles d’observation, de tests et d’amélioration – un processus où chaque détail a sa justification. Le versant incurvé, la tuile céramique, la charpente en bois – ce n’est pas de la stylisation, mais une réponse à des questions concrètes : comment protéger de la pluie, comment gérer la température, comment créer un espace de vie durable.

Rooffers promeut une approche où la forme découle de la fonction, et le style résulte de décisions réfléchies, non de la mode. Andong démontre qu’on peut construire avec beauté, durabilité et intelligence – si l’on part d’une compréhension du lieu, du climat et des besoins des habitants. Et du toit.

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